front
Ce que murmure la mer

Claire Carabas

Découvrez la scène qui a inspiré la couverture :

« C’était un petit espace au sable doux et doré, à l’écart de l’agitation et des manigances. Personne n’y venait jamais. Un courant chaud le traversait, la lumière y était clémente et tombait en longues lames d’argent. C’était le jardin de ma mère, abandonné depuis des années. Des algues poussaient, langues élancées si serrées que seule une enfant pouvait y pénétrer. Je me cachais là, entre deux anémones. Les poissons-clown se poussaient pour me faire de la place. Entre les laminaires, j’observais le précepteur tourner à ma recherche. Depuis ma cachette, je me délectais des heures dérobées aux leçons ennuyeuses. Quand la voie était libre, je cueillais sur les dulses les petits mollusques et des crabes qui les grignotaient. Je les déposais plus loin, vers le potager royal. Je me cachais pour rire de la colère des jardiniers, furieux de découvrir ces nouveaux envahisseurs. Je me faisais des bracelets avec les spirulines dorées. Je posais des étoiles dans mes cheveux. Je flottais, le ventre offert à la transparence qui tombait de la surface, le dos chatouillé par l’onde de la prairie. La lumière caressait de ses rayons les anémones de ma mère. Je choisissais celle qui me plaisait le mieux, le temps d’une journée. Parfois c’était la pâle avec le bout des doigts violets, parfois la rose flamboyante, la bleue électrique aux très longs filaments, la petite géométrique aux reflets métalliques. Seule ma grand-mère savait me trouver là.
Elle me surprit un jour alors que je passais ma main dans les corallines pour en libérer le parfum.
-Comme tu ressembles à ta mère ! »

Extrait du Chapitre 2 : Le temps des rêves