Cameron Valciano

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CameronValciano

Il était une fois … Une passionnée de belle histoires. de belles histoires oui mais surtout de sombres protagonistes, d’auteurs écorchés vifs et d’imaginaire foisonnant ! Courageuse, créative et indépendante, Cameron, est une grande lectrice, une cinéphile avertie et une amoureuse de voyages. Elle met à profit son talent pour l’écriture à travers les romans qu’elle invente mais aussi à travers ses chroniques littéraires qu’elle partage sur la toile.

À paraître chez Magic Mirror en 2020 :

Tant que vole la poussière, 15 Juin 2020

L’auteure en trois questions

 

Pourquoi avoir choisi d’écrire la suite de Peter Pan en vous attardant autour du personnage de Hook ? Est-il important pour vous ?

Je pense que tous les lecteurs qui ont profondément aimé l’œuvre de Barrie ont une relation singulière avec Hook ! Il est à la fois l’antagoniste et l’alter-ego de Peter Pan, son rival et son équilibre…

Lire la pièce, le roman, les récits liés aux contrées imaginaires, à plusieurs moments de son existence, c’est recevoir cet univers d’une façon différente en fonction de son âge : enfant, on se retrouve dans le héros éponyme, on aspire ardemment à être lui ou à vivre de merveilleuses aventures en sa compagnie ; adolescent, on comprend progressivement l’importance de Wendy, l’acceptation des responsabilités, de grandir ; adulte, il y a cette menace de finir comme Hook, rongé par l’amertume, la colère, l’indifférence et l’envie, désireux d’une jeunesse que l’on ne possèdera plus… Le capitaine représente le risque de finir seul et aigri, la menace de l’adulte au sens le plus néfaste du terme.

C’est un personnage profondément malheureux, beaucoup plus complexe et torturé que ne l’est Pan. Et il n’y a rien de plus dangereux qu’un être désespéré, ce qui le rend redoutable. Barrie a créé un antagoniste fascinant avec Hook, pétri de mélancolie et d’orgueil, à la fois cruel et terriblement attachant, sociopathe sur les bords. Atypique aussi : on sous-estime trop souvent ses manières de dandy, son goût immodéré pour la noblesse et la mode qui transparaissent dans le texte de Barrie. Il est difficile de correctement cerner Hook, au final.

C’est cette personnalité si déroutante, sa multitude de facettes, qui le rendent si important à mes yeux. Voilà pourquoi bon nombre d’adaptations ont choisi d’en explorer une seule : Disney en a fait un bouffon excentrique, la série Once upon a Time le pose en séducteur un peu lisse, Spielberg présente un antagoniste vieillissant… Le film de PJ Hogan, en revanche, se rapproche du pirate complexe cher à l’auteur, roublard et suave… J’aime la plupart des œuvres tirés de Peter Pan, et chaque version de ce pirate hors normes ! C’est ce qui est formidable avec Hook : toutes ces visions, bien qu’inconciliables à première vue, fonctionnent ! James Hook est plusieurs personnalités flamboyantes à lui seul.

J’éprouve un amour sincère pour le personnage et lui voue une fascination inaltérée depuis mon enfance. Je me suis toujours demandée : qui est-il et qu’aurait-il fait s’il avait survécu à son altercation finale avec Pan ? Cette question hante en filigrane Tant que vole la poussière…

Tant que vole la poussière revisite le personnage de Wendy et présente une héroïne atypique qui transcende la condition imposée à son genre. Est-ce que ce sous-texte féministe est une volonté de votre part ?

A mon sens, il ne faut surtout pas écrire un personnage en l’étiquetant féministe ou progressiste… C’est la meilleure façon de forcer son caractère et de le caricaturer, d’en faire un stéréotype de femme forte plutôt insipide au final. Je n’ai pas cherché à inclure ce sous-texte engagé, tout ce qui tournait autour de Wendy me semblait naturel, mais si vous l’avez reçu ainsi, c’est le plus beau compliment que vous puissiez me faire !

L’aînée des enfants Darling est une protagoniste souvent très sous-estimée : pourtant, à l’origine, le roman s’intitulait Peter and Wendy, plaçant les deux héros sur un pied d’égalité. Et pour cause ! C’est une fillette courageuse, intelligente, instruite, altruiste, curieuse, rêveuse, une merveilleuse conteuse d’histoires qui tient tête à Peter, à Hook et à Clochette, qui gère les enfants perdus et sa propre fratrie ! Elle est très mature, plutôt débrouillarde, n’apparaît jamais comme passive… Peter Pan est aussi le récit de Wendy et de son accomplissement personnel. Dans le texte de Barrie, elle s’apprête à devenir une adolescente et affronte symboliquement ses désirs et ses peurs. C’est elle la véritable héroïne, elle qui évolue le plus, là où Peter est, par essence, voué à rester éternellement innocent et sans cœur.

Pour moi, il aurait été insultant de la réduire au statut de l’épouse ou de la limiter à son rôle de mère : Wendy est bien davantage. Surtout, il semblait évident que ses aventures laisseraient de profondes séquelles en elle…

J’ambitionnais vraiment de rendre hommage à cette personnalité courageuse qui, rappelons-le, évolue dans les années 1900 au Royaume-Uni : les suffragettes sont déjà des figures politiques importantes, Virginia Woolf révolutionne la littérature… C’est une femme moderne et je voulais évoquer ses fêlures sans qu’elle ne soit faible. Pour moi, il était impensable qu’elle soit reléguée au second plan derrière Hook. Leur duo devait être complémentaire, une alliance fragile et vénéneuse.

Quel est votre conte favori et pourquoi ?

Il serait tellement difficile d’en évoquer un seul ! J’aime beaucoup les contes modernes tels qu’Alice aux Pays des Merveilles de Lewis Carroll, les Contes d’Edgar Allan Poe, Pinocchio de Carlo Collodi, L’Oiseau bleu de Maurice Maeterlinck, Le Magicien d’Oz de Lyman Frank Baum et bien sûr Peter Pan.

J’ai une affection toute particulière pour Labyrinthe, le film de 1986 réalisé par Jim Henson, à la fois sombre et féérique, inquiétant et jubilatoire – la présence de David Bowie dans le rôle-titre ne doit pas être tout à fait étrangère à mon attrait pour Jareth, le roi des Gobelins.

Dans les récits plus anciens, j’ai un intérêt morbide pour la violence de Barbe-Bleue qui me poursuit depuis ma plus tendre enfance et j’adore l’ambiguïté du Chat Botté, le récit dépourvu de morale détonne singulièrement et s’avère toujours curieusement d’actualité…

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Bibliographie

  • Tant que vole la poussière, Roman, 15 Juin 2020, Bad Wolf – Magic Mirror éditions