Mérida Reinhart

Mérida Reinhart

Il était une fois, une jeune-fille qui vivait au milieu des livres depuis toujours : la fée du papier y avait farouchement veillé.

Aujourd’hui, Mérida Reinhart vit en Nouvelle Aquitaine, dans un écrin de verdure, entourée de son conjoint, de ses deux chiens, d’une montagne de livres et d’une théière bien garnie. Auteure de plusieurs romances et homoromances, elle aime exprimer la magie du monde et de l’amour dans ses textes qui sont pour elle avant tout des vecteurs d’espoir. Elle attend toujours  que les créatures les plus incroyables frappent à sa porte : vampires, loups, elfes, personnages de contes et sorciers en tous genres sont les bienvenus !
Gourmande, lorsqu’elle ne lit pas ou n’écrit pas, elle pâtisse avec plaisir et sera toujours prête à vous offrir une bonne tasse de thé.

Suivez son actualité sur son compte Instagram et sa page Facebook

L’auteure en trois questions

Divider Horizontal

Fin de partie revisite l’histoire d’Alice aux pays des merveilles, on retrouve l’univers de Lewis Carroll et pourtant vous vous l’appropriez complètement, comment avez-vous fait pour réinventer ce monde tout en conservant son essence ?

C’est une très bonne question, à laquelle je ne suis pas certaine de pouvoir donner une réponse claire et définitive ! Je pense que tout tient au fait que j’ai toujours vu l’univers de Lewis Carroll comme un monde où tout est possible. C’est un cousin du Neverland de Peter Pan. Puisque l’on peut y peindre les fleurs, voir des œufs qui parlent, rapetisser et grandir à volonté, marcher la tête en bas, pourquoi s’imposer des limites ? J’ai lu maintes fois Alice au pays des merveilles et Alice de l’autre côté du miroir. J’ai vu plusieurs adaptations en films, séries, jeux vidéo. Tout cela a forcément constitué un terreau dans lequel le monde d’Alice a grandi petit à petit en moi. J’ai joué avec des choses que j’aime et qui symbolisent Alice, comme les fleurs, le jeu d’échecs, la tea-party : des repères universels pour tous les fans de l’œuvre. J’ai repris les personnages principaux du roman et cherché comment les rebaptiser en privilégiant un terrain anglais, naturellement. Et, quand il y avait des trous, j’ai imaginé ce qui pourrait les raccommoder : d’où vient Chester ? Comment le loir et le lièvre ont-ils fini par prendre le thé avec le Chapelier ? Qu’est-ce qui a fâché le temps au point qu’ils soient prisonniers d’un seul instant ? Comment un univers aussi délicieusement absurde tient-il debout? Qui édicte les règles ? Ce tunnel que traverse Alice pour passer d’un monde à l’autre est-il une porte qui n’est destinée qu’à elle ?

Beaucoup d’auteurs disent que leurs textes livrent souvent bien plus d’informations sur eux-mêmes que sur le thème qu’ils ont choisi. Je crains que cela ne s’applique aussi à moi, mais de là à pouvoir démêler où commence Alice et où finit Mérida… Je synthétiserais la chose en disant que ma version est un télescopage entre l’absurde de Carroll et les surréalistes français que j’ai beaucoup étudiés pendant mes années à l’université. Un télescopaque auquel on ajouterait une histoire d’amour et une quête de soi bien sûr. Car c’est aussi l’un des thèmes majeurs d’Alice au pays des merveilles : suivre un chemin initiatique, en sortir comme on sort d’un rêve en étant le même, mais en étant pourtant différent. Les mystères d’Alice sont les mêmes que ceux du Petit Prince de Saint-Exupéry.

Les fleurs ont une place très importante dans ce roman, pourquoi ce choix ? Et pourquoi la reine rouge plutôt qu’un autre personnage ?

Il est vrai que les fleurs ont un rôle capital dans Fin de partie. Elles sont au cœur du métier d’Alaïs tout en étant un élément central de l’intrigue. À bien des égards, les fleurs sont Wonderland.

Je pense qu’une part de cette place vient de mon éducation : on aime les fleurs et le jardinage dans ma famille. On m’a parlé très tôt du langage des fleurs et de sa poésie. Je l’ai utilisé dans plusieurs de mes textes. Cela a dû rester imprégné en moi : je ne perds pas une occasion de me rendre dans les parcs botaniques et jardins publics. Lorsque je passe sous ces berceaux des fleurs ou parcours les sentiers bordés d’arbustes en tous genres, je me fais l’effet de remonter le temps pour une promenade anglaise en compagnie de Chester et du Lapin Blanc ; et s’il y a un labyrinthe dedans, il faut presque me traîner dehors de force !

L’autre part tient clairement à la mise en scène des fleurs chez Walt Disney. Quelles petites pestes ! Ces fleurs qui se trémoussent, papotent, chantent et se drapent dans leurs pétales avec orgueil m’ont fait forte impression dès mon plus jeune âge. Bonne et mauvaise à la fois : elles sont une parfaite représentation de l’humanité, bien que je ne l’ai réalisé qu’à l’âge adulte. Pourtant, chez Lewis Carroll elles ne sont pas vraiment mises en avant, à l’exception des roses : elles servent de décor, elles émerveillent Alice qui veut les voir de plus près à travers le trou de la serrure. J’ai souhaité remédier un peu à cela en partant du principe que l’infiniment petit de ces fleurs, que l’on regarde rapidement, pouvait en fait être précisément l’essence de ce monde. Cela vaut aussi pour le nôtre, d’ailleurs. Alaïs le dit : « rien n’est assez petit pour être inutile dans ce monde ».

Enfin, je pense Carroll n’aurait certainement pas boudé son plaisir en partageant son univers avec d’autres auteurs s’il en avait eu l’occasion. Il a laissé tant de devinettes et poèmes à décrypter (le corbeau et le bureau, le Jabberwocky entre autres) que l’on ne peut que répondre à l’invitation !

La reine rouge est une autre paire de manches. Comme beaucoup d’entre nous, j’ai une certaine fascination pour les méchants biens construits : ceux qui ont une vraie motivation (autre que conquérir le monde pour tromper leur ennui façon Minus & Cortex). La représentation que l’on peut avoir du « méchant » a beaucoup évolué ces dernières années. De grands auteurs se sont frottés à ces personnages et ont révélé des facettes d’eux que l’on pouvait à peine entrevoir. Nous avons appris à les aimer et à les détester à la fois, parfois à éprouver de la compassion pour eux. Nous leur avons fait une place dans nos vies parce que tous ces méchants ne sont qu’une catharsis pour nous : ils sont notre reflet déformé.

Lorsque j’ai écrit Fin de partie, je venais de traverser une période très éprouvante sur un plan émotionnel. Je me changeais les idées en regardant le fabuleux ballet de Christopher Wheeldon. La scène du tribunal et celle du croquet sont formidables parce que la reine rouge y est présentée avec beaucoup d’humour. Elle est pourtant toujours aussi inflexible, irascible, et fière. Mais le jeu de la danseuse étoile avait quelque chose de plus. Il m’a fait m’interroger sur qui était vraiment cette reine. Dans l’œuvre de Carroll, nous l’ignorons. J’ai eu soudain envie d’écrire cette histoire, de combler cette zone d’ombre qui faisait écho à mon désarroi de l’époque. Moi qui aime les happy end, je savais que cette fois je ne pourrais pas vraiment en écrire un. Pas au sens traditionnel du terme en tout cas. Cela ne m’a pas arrêté longtemps, parce que plus je la repoussais, plus je m’identifiais à cette reine rouge. Alice au pays des merveilles m’a accompagnée à des étapes clefs de ma vie. Cette fois n’a pas loupé. J’étais prisonnière d’une sensation d’impuissance comme l’est la reine rouge. J’avais peur de choses incontrôlables. J’ai donc essayé de montrer l’évolution de ce personnage, qui devient absurde parce que le monde l’y contraint et de lui donner une justification qui fasse d’elle davantage que la simple tortionnaire d’Alice. Car il n’y a pas d’Alice sans reine rouge, et inversement. La reine rouge existe pour incarner ce qui arrive lorsque nous nous perdons. C’est du moins mon interprétation.

Quel est votre conte favori et pourquoi ?

Mon conte favori est celui de La Belle et la Bête. C’est une histoire qui m’a toujours touchée : voir au-delà des apparences, être capable d’aimer sans s’arrêter à un beau visage, je trouve cela fascinant parce que cela veut dire que l’on regarde vraiment la personne. On l’aime pour ce qu’elle est tout entière. La bonté de Belle et sa conduite tout au long de ce conte sont exemplaires. Ça, et sa passion pour les livres en ont très vite fait pour moi un personnage à part dans la littérature enfantine. Douce et intelligente, mais avec une force d’âme peu commune : une combinaison gagnante. Sans compter que je rêve d’avoir un jour sa bibliothèque !

Divider Horizontal

Bibliographie

  • Crochecoeur, 25 octobre 2021, Homoromance Editions (Roman)
  • Dites-le avec des fleurs, 14 février 2022, Homoromance Editions (Nouvelle)
  • Les piliers de la magie : Tome 1 – une pincée de magie, A venir en 2022, Editions Bookmark, collection Teen Spirit (Roman – en collaboration avec Byron O’Tinel)
  • Mortel entremets, Avril 2021, Editions Legacy (Roman)
  • Le Maître du cerisier, Décembre 2020, Homoromance Editions (Nouvelle)
  • Un Noël qui a du chien, Décembre 2020, Editions Legacy (Roman)
  • Crocs et Magie, Septembre 2020, Homoromance Editions (Roman)

Le délai d'expédition des commandes contenant les livres : Les Dragons de l'Impératrice, Tant que vole la poussière, Blue, Le Royaume sans ciel peut aller jusqu'à 10 jours ouvrés. Nous nous excusons de la situation qui est due à un retard important de notre imprimeur.